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5月20日 Bernard Kouchner, Total, et la junte birmaneArticle trouvé sur www.bellaciao.org Lors de son enquête en Birmanie à la demande de Total, Kouchner n’avait pas vu d’esclaves. Aujourd’hui, le pétrolier indemnise donc des ectoplasmes qui n’ont jamais existé. Retour sur cette affaire et portrait d’un futur candidat aux élections présidentielles. Afin d’éviter un procès, la société Total accepte de verser 10 000 euros à chacun des sept Birmans qui l’accusent d’avoir été contraints de travailler gratuitement pour elle sous la menace de l’armée birmane en 1995. Ces exactions ont eu lieu en 1992-1998 sur le chantier du gazoduc Yadana, construit par Total et une compagnie américaine pour relier un gisement maritime birman à la Thaïlande. Total accepte aussi de consacrer 5,2 millions d’euros à l’indemnisation d’autres personnes qui pourraient justifier d’un emploi comme travailleur forcé et à des « actions humanitaires collectives pour l’habitat, la santé et l’éducation ». En 2002, Total avait fait appel à Bernard Kouchner pour la cautionner. Dans un rapport payé 25 000 euros, Kouchner avait affirmé que la compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits « mal informés » ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le travail forcé en Birmanie Cette volte-face du pétrolier ne surprendra pas ceux qui ont lu ce que j’écrivais il y a presque deux ans. Au contraire, ils trouveront que bien des informations sont toujours occultées par la presse et que le rôle de Kouchner est singulièrement édulcoré au moment même où les colonnes dégoulinent de ses dernières déclarations : « Je suis prêt pour les présidentielles de 2007. Pardon de me citer ci-dessous, mais il importe de rafraîchir les mémoires et de compléter le dossier. Kouchner et les tyrans sanguinaires. Bernard Kouchner, défend le droit des peuples, traque l’oppression, partout et sans se tromper. Ami des pauvres, il vit chichement avec son épouse, Christine Ockrent. Le tarif de celle-ci pour animer une demi-journée de réunion est seulement de 18 000 €. Lui (Le Monde du 6 janvier), déclare se contenter de 12 500 € pour une conférence. Militant de la guerre en Irak et du PS, Kouchner était, le 29 septembre 2003, à la soirée anticubaine organisée par l’officine « Reporters sans frontières » au théâtre des Champs-Elysées. Quelques mois plus tôt, empochant 25 000 € versés par Total, il avait pondu un rapport affirmant que ce groupe pétrolier ne pouvait aucunement être mis en cause pour son comportement en Birmanie. Or, la terrible vérité est la suivante si l’on en croit la presse, des témoins directs, d’autres compagnies pétrolières, divers groupes multinationaux, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, l’Organisation Internationale du travail, l’Union Européenne, l’ONU et la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale française. Cette dernière a publié un rapport d’information (N° 1859 du 13 octobre 1999) sur « Le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental ». La junte birmane, parvenue au pouvoir après un coup d’Etat qui a renversé en 1988 le gouvernement démocratiquement élu, est couramment décrite comme une narco-dictature, La Birmanie est un lieu de non-droit propice à toutes les violences, tortures, arrestations arbitraires, viols, fabrication et commercialisation de drogue, rackets, blanchiment d’argent (Lire F. Christophe « Total entre marée noire et blanchiment » éd. Golias). En 1990, les généraux se risquent à organiser une consultation électorale. Hélas ! pour eux, elle consacre la victoire de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), dirigée par Mme Aung San Suu Kyi. Aux 82% des voix obtenues par l’opposition, la junte militaire répond par un nouveau coup d’Etat, suivi d’une féroce répression avec emprisonnement de milliers de démocrates et assassinats de chefs de l’opposition. L’opposition birmane demande à la communauté internationale de ne pas aider les généraux putschistes à se maintenir au pouvoir. Comment ? En coupant les pompes à finances. Il faut en effet savoir que l’armée birmane absorbe 40 % du budget du pays. Elle compte 400 000 hommes et ne cesse de se moderniser. Pourquoi une armée si importante, alors que la Birmanie ne se connaît pas d’ennemi extérieur ? Pour mater l’ennemi intérieur, son propre peuple. Le projet gazier « Yadana », du nom du lieu où se trouve le gisement, rapportera aux militaires plusieurs centaines de millions de dollars par an. Mais ils n’ont pas les moyens financiers et techniques permettant de le mener à bien. La junte cherche un partenaire capable d’épauler la compagnie d’Etat : la Myanmar Oil & Gas Entreprise (la MOGE). Total signe un contrat avec la junte en 1992. Mais l’exploitation du gisement nécessite d’autres capitaux. C’est ainsi, que les militaires vont contacter la compagnie américaine UNOCAL (l’Union Oil of CALifornie corporation). C’est la même compagnie qu’on retrouvera en Afghanistan pour y construire un gazoduc. Ce projet nécessitait un pays pacifié et « tenu » par un pouvoir fort. De là, l’aide accordée à l’époque par les USA aux Talibans pour la conquête du pouvoir. Bon, les compagnies pétrolières ont la puissance financière et technique suffisante pour exploiter le gaz. Reste la question des débouchés. Par bonheur, un pays voisin, la Thaïlande, recherche une source d’énergie pour alimenter une centrale électrique dans la région de Kanchanaburi. Un accord va être passé entre Total, UNOCAL, MOGE et la compagnie thaïlandaise PTT-EP (PeTroleum authority of Thaïland Exploration Production public). Le consortium a désormais pour tâche prioritaire de construire un gazoduc qui traversera la Birmanie d’est en ouest sur soixante kilomètres. Gros travaux. Et gros problème. En effet, le tracé du gazoduc traverse une zone de guérillas. Sur leur territoire, deux ethnies, les Mons et les Karens sont en rébellion depuis des décennies contre le pouvoir de Rangoon. Le consortium pétrolier exige une « sécurisation » de la zone. Des observateurs affirment que les pétroliers auraient apporté un soutien logistique aux militaires pour le transport des troupes par hélicoptères. Il semblerait en tout cas qu’un des sous-traitants, la compagnie Héli-Union qui accomplissait ces missions pour Total sur les plates formes pétrolières, a rendu ce service aux militaires birmans. Elle a effectué des vols de transport pour l’armée birmane et pas forcément dans la zone du gazoduc. L’armée birmane n’étant pas solvable, Total aurait réglé les notes d’Héli-Union. Toujours est-il que le nombre de bataillons en territoire Mon et Karen, à proximité immédiate du gazoduc, est passé de trois à quinze. Le gouvernement en exil dénonce alors une flagrante immixtion politico-militaire du consortium dans les affaires intérieures birmanes. Mais il y plus grave encore. Tandis que le consortium et les militaires oeuvrent de concert, l’Organisation Internationale du Travail (L’O.I.T) enquête sur place. Les découvertes s’avèrent assez graves pour que la Birmanie soit exclue de l’O.I.T. De quoi s’agit-il ? De violations constantes aux droits de l’homme, du recours au « travail forcé ». L’O.I.T. écrit que cet abus est « massif et systématique ». D’autres organisations de défense des droits de l’homme soutiennent que Total et UNOCAL ont bénéficié du travail forcé des villageois raflés dans leurs villages par l’armée. Est-ce à dire que le consortium a directement utilisé des esclaves ? Il semble tout au moins établi que le portage des armes, la construction et l’entretien des baraquements militaires ont été dévolus aux villageois. Or, à quoi servait cette infrastructure ? Au consortium pétrolier. Mieux, John Imle, qui n’est rien moins que le président UNOCAL, affirme que le partage des tâches, pour être tacite, n’en était pas moins réel. Des témoins affirment que des porteurs utilisés par l’armée étaient payés par Total. Mieux, une mission parlementaire française est envoyée sur place pour enquêter. Extraits de son rapport : « Il apparaît factice de séparer la construction du Gazoduc, qui nécessitait l’embauche d’une main-d’œuvre qualifiée et des moyens techniques considérables, des mesures prises par le régime birman pour assurer sa sécurité. Or, ce sont ces mesures de sécurité qui ont généré du travail forcé et des déplacements de population dans la zone. […] Total et UNOCAL n’ont pas volontairement utilisé du travail forcé pour la construction du gazoduc, mais en ont indirectement bénéficié, en raison de la militarisation de la zone ». En conséquence, la mission parlementaire recommande (en vain) que Total « fige » ses activités en Birmanie. Quant à UNOCAL, elle fait l’objet d’un recours en justice aux Etats-Unis. L’avocat des plaignants remarque que les villageois ont été obligés de travailler et ont été payés par les étrangers. Cela démontre que l’armée birmane était impliquée dans le projet de gazoduc et qu’elle était présente dans les opérations de nettoyage préalable à la construction des infrastructures nécessaires au chantier (routes, héliports). Les exactions militaires dans une douzaine de villages à l’occasion de ce chantier ont également été dénoncées par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) qui font état de déplacements de populations manu militari et même d’exécutions sommaires. Le scandale est tel que le gouvernement belge a alors décidé de ne pas renouveler un contrat de six cents millions de francs français avec la compagnie Total pour cause de « collusion » avec le régime de Rangoon. Dans une déclaration au quotidien Le Monde en juillet 1996, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, place Total au premier rang des soutiens dont bénéficie le régime de Rangoon. Enfin, l’Union Européenne, l’ONU et même les Etats-Unis, ont dû prendre des résolutions à l’encontre de la junte. Plusieurs multinationales, craignant d’être éclaboussées (ce qui nuit au bisness), quittent la Birmanie en invoquant le « manque de démocratie ». Citons : Texaco, Atlantic Richfield, Arco, Pepsi Cola, Levi’s, Interbrew, Carlsberg, Heineken, Reebok, C & A, Hewlett Packard, Eastman Kodak. D’autres, comme Unilever ont cité la Birmanie comme étant un pays où ils ne feraient pas commerce. Il en va de même de Shell et Exxon. Total reste sur place. Et que dit l’ONU ? Une déclaration de son Rapporteur spécial en avril 1999, reprend les mêmes accusations avec des éléments aggravants : « La situation des droits de l’Homme à l’Est de la « Birmanie » est extrêmement préoccupante. La stratégie d’affrontement poursuivie par les militaires à l’encontre des minorités conduira inexorablement à une véritable catastrophe humanitaire. Un demi million de personnes ont été déplacées et plus de 100 000 personnes se sont réfugiées en Thaïlande. » Tous les faits rapportés plus haut sont connus et dénoncés depuis des années dans le monde entier. Kouchner, lui, enquête en Birmanie en 2002 aux frais de Total et il nous rassure : aucun esclavagisme. « Je suis sûr à 95 % que les gens de Total ne sont pas capables de faire ça ». Des enfants esclaves ? Que nenni car « les tuyaux des pipe-lines sont trop lourds pour être portés par des enfants » (sic). Mais voici que Total reconnaît avoir dû protester contre les méthodes de l’armée birmane, que lors d’un débat dans une FNAC à Paris, le pétrolier confesse tardivement avoir indemnisé 400 birmans, forcés au travail par l’armée sur le gazoduc. Voici qu’un témoin affirme avoir vu l’armée obliger des villageois à déminer le terrain avec leurs pieds et sauter sur des mines.(1) Kouchner ne sait rien de tout cela. Impitoyable pourfendeur de Cuba où jamais l’armée ne s’est tournée contre son peuple, ni ne pratique la torture, le viol, le racket, où les paysans ne sont pas utilisés comme chair à mines, où les enfants sont à l’école et pas sur des chantiers, où les richesses ne sont pas confisquées par une minorité ou bradée à une autre puissance, où les opposants ne sont pas assassinés aux coins des rues (où ils sont quand mêmes emprisonnées, ajout personnel), où l’espérance de vie est la plus longue de tous les pays pauvres, Kouchner, tout seul contre le reste du monde, absout Total au pays des tyrans sanguinaires. Voici que la Fédération Internationale des Droits de l’Homme regrette son comportement dans cette affaire au moment où le groupe (un des plus riches du monde) « doit enfin rendre des comptes à la justice ». Peu lui chaut ! L’homme brigue l’Elysée et il n’est pas impossible, si ses compromissions honteuses ne sont pas dénoncées partout, qu’il devienne un jour, pour notre plus grande honte, notre président (au terme d’une campagne électorale dont on se demande bien qui la financera). MV (1) Le chef de la sécurité du gazoduc, un ancien capitaine de la Légion étrangère, Jean-Claude Knappe, avait révélé au Figaro en décembre 2003 la pratique du « déminage humain » : « L’armée birmane forçait les villageois à marcher dans le corridor du gazoduc truffé de mines antipersonnel ». Par ailleurs, ayant lu mon article, Francis Christophe auteur de l’excellent et courageux « Total entre marée noire et blanchiment » aux éditions Golias) m’a téléphoné et m’a expliqué la raison de cette pratique barbare : l’Armée birmane rafle les animaux et les vend. Pour elle, un animal vaut donc plus qu’un paysan. (Cette note de bas de page est ajoutée ce jour à mon texte initial. MV). d’autres souces sur la collaboration de kouchner total et la junte fasciste birmane 5月13日 La haine de 68Texte original : http://www.liberation.fr/rebonds/251333.FR.php
«D ans cette élection, il s'agit de savoir si l'héritage de Mai 68 doit être perpétué ou s'il doit être liquidé une fois pour toutes. Je veux tourner la page de Mai 68.» Il a donc fallu attendre la dernière semaine de campagne pour apprendre de la bouche de Sarkozy le véritable enjeu de cette élection. En finir avec l'esprit et l'héritage de Mai 68, ce pelé, ce galeux d'où nous vient tout le mal, responsable de toutes les décadences françaises. La voilà enfin, la rupture, mais moins «tranquille» qu'elle n'était annoncée.
S'il s'agit d'en finir avec l'espérance de Mai, il y a bien longtemps que, de commémorations en oraisons funèbres, de Mitterrand en Cohn-Bendit, d'autres s'en sont chargés. Narcissisme générationnel aidant, les cérémonies du 20e anniversaire, en 1988, furent déjà une sorte d'enterrement spectaculaire préfigurant les festivités funèbres du bicentenaire. De 68 il ne restait déjà plus, dans la mémoire de certains acteurs, qu'un grand monôme étudiant, un gigantesque libertinage et une entrée tardive dans la modernité hédoniste. Toutes choses qui se sont produites dans nos sociétés de marché occidentales sans qu'il fût besoin pour cela de la grève générale la plus massive et la plus longue de l'histoire.
L'héritage n'est pas un bien que l'on possède et que l'on garde. Mais quelque chose que les héritiers se disputent, et ce qu'ils en font. Il y a leur Mai et le nôtre. Celui de la légende dorée du style «heureux, riches et célèbres» ou «amour, gloire et beauté». Et celui des usines et des facs occupées, celui de «si on arrêtait tout», pour que tout devienne possible.
Or c'est bien ce Mai 68 de la grève générale dont le candidat Sarkozy promet de tourner la page, en commençant par s'attaquer au droit de grève et au code du travail. «De tous les malheureux que la vie a brisés, que la vie a usés, je veux être le porte-parole. Tous ces sans-grade, tous ces anonymes, tous ces gens ordinaires, c'est pour eux que je veux parler.» Ils ne lui en demandent pas tant. Ils préféreraient parler pour eux-mêmes plutôt que de confier le monopole de leur parole à la voix de ses maîtres, Bouygues, Lagardère, Dassault et consorts.
«Je veux redonner au travailleur la première place dans la société.» Au travail plutôt qu'au travailleur, qui devra la mériter, cette première place, en travaillant plus pour gagner moins, et qui recevra en échange non plus un dû, mais une généreuse «récompense» (sic !), consentie par un bon maître.
Coupable, Mai 68. Et de quoi ?
D'avoir imposé «le relativisme intellectuel et moral» pour lequel tout se vaut et s'équivaut ? Comme si ce n'était pas l'esprit du capitalisme qui inculquait que tout s'achète et tout se vend. Comme si c'était Mai 68, et non la boulimie de profit, qui était responsable du scandale du Crédit lyonnais, des parachutes dorés, des frégates de Taiwan, des orgies de la mairie de Paris, des délits d'initiés, des combines immobilières et des trafics boursiers.
D'avoir «liquidé l'école de Jules Ferry» et fait «détester la laïcité» ? Comme si la liquidation de l'école pour tous n'était pas d'abord le fait des discriminations sociales et des ségrégations spatiales ! Comme si la laïcité n'était pas davantage menacée par la décentralisation et la privatisation rampante de l'éducation publique et par le transfert, exigé par le Medef, de la mission éducative à l'entreprise !
D'avoir «introduit le cynisme dans la société et dans la politique» et favorisé le culte de l'argent roi, du projet à court terme, des dérives du capitalisme financier ? Comme si le cynisme n'était pas chez les patrons du CAC 40, qui empochent les subventions, les allégements de charges, et délocalisent pour gagner plus, en exigeant 15 % de retour sur investissement pour une croissance de 2 % ! Et comme si le chef-d'oeuvre du cynisme n'était pas dans ce discours de Bercy qui invoque Jeanne d'Arc et la misère qu'il y avait alors au royaume de France, pour en appeler à un sursaut moral, sans un mot sur les politiques qui ont produit cette détresse sociale et sur le rôle de l'orateur lui-même.
Chaque passage de ce discours laisse un profond malaise. C'est un discours de revanche et de vengeance. Un discours versaillais, qui fait frissonner d'aise la brochette des ministres et des ministrables. Pourquoi tant de haine ? Sans doute est-elle proportionnelle à une grande peur. A la grande peur d'hier, la vieille peur recuite des possédants, des momies rassemblées bras dessus bras dessous pour chasser leurs cauchemars, un certain 30 mai devant l'Arc de triomphe. Car le parti de l'ordre est toujours, quelque part, l'envers et la doublure d'un parti de la peur. Peur de demain, aussi : s'agit-il vraiment, de tourner la page, ou de conjurer le spectre d'un nouveau mois de mai ? Silence aux pauvres ! Il faut défendre «la famille, la société, l'Etat, la nation, la République». Et le travail. Contre la canaille, la chienlit ou la racaille, la ritournelle n'est pas nouvelle. La devise de l'Etat français peut toujours servir.
Il y a trente ans, à la veille des élections législatives de 1978, Gilles Deleuze avait lu juste dans le jeu des alors nouveaux philosophes. «Les conditions particulières des élections aujourd'hui font que le niveau de connerie monte.» Le niveau ne se contente plus de monter. Il déborde. «C'est sur cette grille, ajoutait Deleuze, que les nouveaux philosophes se sont inscrits dès le début. Il importe peu que certains d'entre eux aient été immédiatement contre l'union de la gauche, tandis que d'autres auraient souhaité fournir un brain trust de plus à Mitterrand. Une homogénéisation des deux tendances s'est produite, plutôt contre la gauche mais surtout à partir d'un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C'était à qui cracherait le mieux sur Mai 68. C'est en fonction de cette haine qu'ils ont construit leur sujet d'énonciation : "Nous, en tant que nous, avons fait Mai 68, nous pouvons vous dire que c'était bête et que nous ne le referons plus." Une rancoeur de 68, ils n'ont que ça à vendre.» Cette haine de 68, le candidat Sarko en a fait, André Glucksmann et Luc Ferry aidant, sa philosophie électorale.
Dimanche, nous irons donc voter en fredonnant une vieille chanson rouge : «Tout ça n'empêch'pas, Nicolas, qu'la Commune n'est pas morte... Tout ça n'empêche pas, Nicolas...» 5月8日 Et c'est parti ...Après l'élection de Nicolas Sarkozy, les médias s'empressent de mettre sur le dos de prétendus militants "anarchistes ou d'extrème-gauche" les incendies de poubelles, de voitures, ou autres attaques d'écoles, et se gardent bien de rapporter les faits intéressants qui se passent pendant ce temps dans nos belles citées populaire. Article paru dans Le Monde : ne
voiture ralentit et s'arrête devant le groupe d'une dizaine de jeunes
adultes qui discutent, avec passion, des conséquences de l'élection de
Nicolas Sarkozy. C'est le conseiller général PS, candidat aux
législatives à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) : "Hé les gars, faut rester calme, hein ! Ils vont vouloir vous provoquer en face, ne répondez pas, faites leur un sourire",
leur lance Gérard Ségura en parlant des policiers et CRS massés 200
mètres plus loin. Il est 21 h 30, la présidentielle vient à peine de se
terminer, et la campagne électorale suivante bat déjà son plein dans le
quartier des "3000".Plus tôt, l'annonce de la victoire du candidat UMP avait provoqué quelques cris. Les enfants, dehors, avaient hurlé : "Sarkozy a gagné, il a gagné !" Le résultat ne faisait pas de doute aux yeux des adultes. Ni à l'échelle nationale, au vu des derniers sondages publiés, ni dans le quartier, du fait du plébiscite anti-Sarkozy dont avait bénéficié Ségolène Royal au premier tour, avec 66 % des voix dans le bureau de vote situé au coeur de la cité. Un score amplifié au second tour avec 86 % des suffrages. Au pied des immeubles, la première réaction est la tristesse. Beaucoup ont regardé les résultats à la télévision et sont ensuite descendus pour discuter entre voisins. Un groupe d'une dizaine de jeunes adultes s'est formé devant un des bâtiments. Parmi eux, Djibril Traoré, 28 ans, commercial, s'interroge à voix haute sur ce que fera ou ne fera pas le nouveau président. Ce qu'il appelle la "politique du Kärcher" ne l'inquiète pas personnellement. "C'est pour mes petits frères que ça va être dur. Pour l'école, pour trouver du boulot." Dans le groupe, on plaisante volontiers sur les charters de "Noirs" et d'"Arabes" qui vont les ramener au "bled". On rigole aussi en se représentant les cités du "9-3" comme les villages "gaulois" qui résistent à "l'envahisseur Sarkozy". On rigole mais on reconnaît aussi que la victoire de Nicolas Sarkozy est une "grosse claque" et que cela leur est douloureux. Le débat est interrompu par le second passage du conseiller général. L'élu socialiste a fait le tour de la cité et vient, de nouveau, demander aux jeunes de rester calme. Il sort de son véhicule et serre des mains : "On a eu des infos disant qu'il allait y avoir des provocations, assure M. Ségura sans apporter plus de précisions. Faut pas tomber dans le piège : Royal a fait 17 000 voix dans la ville, ça veut dire qu'on peut gagner aux législatives puis aux municipales." Pendant que le candidat PS poursuit la discussion, une douzaine de policiers casqués, armés de flash-balls, matraques et bombes lacrymogènes, s'enfoncent, à une cinquantaine de mètres de là, dans une ruelle qui longe le centre commercial. Ils prennent ensuite position dans une galerie - à l'abri du lancer éventuel d'objets venant des tours - qui débouche sur la place où sont rassemblés, comme tous les soirs, une trentaine de jeunes et d'adultes. Le face-à-face se déroule pendant plusieurs minutes sans incident. Jusqu'au moment où les policiers - qui ignorent qu'un journaliste et un photographe sont présents - se précipitent sur deux jeunes, les plaquent violemment au sol et distribuent des coups de matraques dans la foule. Ils effectuent aussi plusieurs tirs de flash-ball en direction des habitants qui s'éparpillent en courant. De tendue, la situation devient houleuse. Des jeunes lancent des pierres, des canettes et des bouts de bois sur les policiers, rapidement rejoints par plusieurs dizaines de CRS, dont certains avancent en tapant avec leurs matraques sur leurs boucliers pour faire du bruit. Des adultes et des responsables associatifs tentent de s'interposer, mais sont repoussés sans ménagement par les forces de l'ordre. Arrivé entre-temps, le conseiller général demande aux fonctionnaires de police de faire preuve de retenue. Face aux habitants, il s'indigne : "Je savais qu'il y aurait des provocations pour faire monter la pression." Les policiers pointent leurs flash-balls au niveau du visage de leurs interlocuteurs. "Un policier m'a mis son flash-ball à 20 centimètres du menton", témoigne M. Ségura. Après plusieurs minutes de face-à-face, les forces de l'ordre regagnent leurs positions à l'entrée de la cité tandis que les deux jeunes interpellés sont amenés dans un véhicule de police. Adultes et jeunes crient à la provocation. "C'était calme, il n'y avait rien, et d'un seul coup, ils se jettent sur deux types en les frappant", se désole Bendiagou Diarra, 24 ans, témoin de la scène. Aux "3000", une fois la colère passée, on veut y voir un premier indice de l'attitude future des forces de l'ordre avec M. Sarkozy comme chef de l'Etat. "C'est leur papa qui est devenu le président et ils prennent ça comme un feu vert pour faire ce qu'ils veulent", poursuit M. Diarra. "Les flics se sentent pousser des ailes. C'est triste pour nous", ajoute Rachid, 21 ans. Il regarde les cars de policiers positionnés un peu plus loin : "Le plus dur commence mais ça va nous pousser à aller voter en juin." 5月3日 Besoin de toiIl est revenu un matin
Tout seul sans rien dans les mains
On le croyait voleur ou marin
Je savais que son port était loin.
Il s'assit lentement à la table
Sourit en découpant son pain
Poussa doucement mon cartable
Je savais que mon père avait faim.
Les roses ne vivent jamais en hiver
Le vent apporte aussi le froid
L'amour n'est pas toujours sur la Terre
Mais moi j'avais besoin de toi.
Ses mains avaient-elles un passé ?
Son coeur avait-il des regrets ?
Pourquoi était-t'il étranger ?
Je savais que la vie continuait.
Ma mère recoiffa ses cheveux
Le chien s'allongea sur le sol
Mon père regarda dans mes yeux
Ce jour-là je n'ai pas eu d'école.
Les roses ne vivent jamais en hiver
Le vent apporte aussi le froid
L'amour n'est pas toujours sur la Terre
Mais moi j'avais besoin de toi. Poussins jumeauxEn cassant un oeuf, ce soir, je décrouvre avec stupeur deux jaunes !
Je suis bien content d'avoir mangé cet oeuf, sans quoi les deu pauvres jumeaux poussins auraient risqué de souffir dans leur oeuf commun !
Comment se passe la géméélité chez les ovipares ?
Après une brève recherche sur internet, il est plus ou moins courant de voir des oeufs à deux jaunes, mais il n'est pas évident qu'ils puissent arriver à terme ... 5月2日 L'imposteur SarkozyOn entend beaucoup d'accusations sur le discours changeant de Ségolène Royal. Mais on en entend moins sur celui de Nicolas Sarkozy, le plus grand imposteur de tous les temps.
Sarkozy, dans ses meetings, citait Jean Jaurès, Martin Luther King et l'Abbé Pierre. Dans le même temps, il se fait le pire suppôt du libéralisme, fustige les 68ards responsables de tous les malheurs du monde, et culpabilise et crimilinalise les pauvres.
Pour que vous puissiez juger si Sarkozy a le droit de citer ces personnes hautement honorables, voilà ce qu'elles ont dit :
Martin Luther King, au meeting de l'AFL-CIO, le 11 décembre 1961 : "History is a great teacher. Now everyone knows that the labor movement did not diminish the strength of the nation but enlarged it. By raising the living standards of millions, labor miraculously created a market for industry and lifted the whole nation to undreamed of levels of production. Those who attack labor forget these simple truths, but history remembers them."
Traduction : "C'est l'Histoire qui nous a le plus appris. Maintenant, nous savons tous que le mouvement des travailleurs n'a pas diminué la force des nations, mais l'a au contraire augmenté. En amélioran le niveau de vie de millions [de travailleurs], le [mouvement des travailleurs] travail a miraculeusement créé un marché pour l'industrie et emmené la nation entière à un niveau de production inesperé. Ceux qui attaquent [le mouvement des travailleurs] oublient ces simples vérités, mais l'Histoire s'en souvient."
Jean Jaurès fut le leader socialiste (de la SFIO) qui, voulant éviter une guerre, qui finalement causa 8 millions de morts et déboucha, résulta du nationalisme, du nazisme, et de l'impérialisme, puis sur une autre qui en provoqua 60 millions. Quel est le rapport entre un homme mort pour éviter ces guerres (même si il ne savait pas l'ampleur qu'elles prendraient ... surtout s'il ne le savait pas !) et un homme qui soutient les politiques impéralistes américaines, des guerres comme celle d'Irak, un régime qui pratique les pires tortures que la terre n'ait vu depuis le IIIème Reich, et qui enfin a des amis bien placés parmi les trafiquants d'armes français (Lagardère, Dassault), de patrons voyous exploitant les clandestins tant pourchassés (Bouygues), et de spéculateurs (Rothschlid).
Quand à l'Abbé Pierre, c'est un homme qui ne manque pas de nous rappeller la responsabilité que nous tous, ainsi que la société, avait dans le malheur et la misère dans laquelle vivent des gens d'un pays qu'on ose dire "développé".
Nicolas Sarkozy, non content de faire de la récupération, foule aux pieds la mémoire des rares hommes respectables que la terre a pu voir, même (et surtout) si ses thèses sont l'exactes opposé des leurs. 5月1日 Lettre de soutient de GW Bush à Nicolas SarkozyAttention, ceci est de la fiction. Rien ne prouve que cette lettre ait jamais existé, ni que les faits rapportés y sont vrais !
Cher Nicolas, Je tiens à te féliciter pour ton résultat du 1er tour. Mes conseillers et moi-même sommes rassurés sur le maintien d’un courant atlantiste en Europe après les tristes revers de nos deux amis Silvio et José Maria. Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de toi pour continuer au-delà de l’Irak notre œuvre de promotion de la démocratie. Nous t’attendons de pied ferme pour monter notre coalition contre l’Iran et contourner ce satané Conseil de sécurité de l’ONU. Je garde un souvenir ému de la visite que tu m’as rendue en septembre dernier et de ta diatribe contre « l’arrogance française ». J’admire ton projet de société. Suppression des droits de succession, diminutions d’impôts pour les plus riches, libéralisation du marché du travail, privatisation du système de santé et de l’éducation, tu prends tout de mon programme, et je t’en félicite. Arriver en plus à le faire en te faisant passer pour le nouveau Martin Luther King français, tu me surpasses. Mais tu m’as encore plus épaté quand tu as parlé du déterminisme génétique de la pédophilie, du suicide des jeunes et de l’homosexualité : jamais je n’aurais cru que l’on pouvait dire de telles choses en Europe ! J’ai moi aussi lancé une campagne contre les préjugés des scientifiques qui enseignent à nos enfants la théorie de l’évolution (comme si nous descendions du singe…). Je pense qu’il est urgent que nous joignions nos efforts pour redonner aux croyances toute la place qu’elles méritent dans les programmes scolaires. Les propos de tes proches sur l’Eglise de Scientologie et les Témoins de Jéhova m’ont comblé de joie. J’ai vu un reportage sur Fox News qui disait que tu luttais comme un forcené contre le terrorisme islamiste dans les banlieues, continue sur cette voie. Si tu as besoin d’aide pour ta politique sécuritaire, je t’enverrai les juristes qui ont préparé le Patriot Act, le gouvernement dispose depuis lors d’un pouvoir de surveillance exceptionnel sur les citoyens ! Contre l’immigration, nous avons commencé à construire un mur le long de la frontière mexicaine, ça ne marche pas très bien mais les électeurs sont contents. Silvio m’a dit par téléphone que ton contrôle des medias et de l’édition n’avait presque plus rien à envier au sien. Il paraît même que tu as réussi à obtenir la démission du rédacteur en chef d’un magazine qui avait publié des photos de ta femme avec un autre homme et à bloquer la parution de plusieurs ouvrages sur toi. Je te conseille aussi de verrouiller tous les contre-pouvoirs (Conseil constitutionnel, CSA, Sénat) et de prendre toutes tes décisions en concertation avec les grands patrons, c’est la meilleure façon de gouverner. Je dois te laisser mon cher Nicolas, mon conseiller m’informe que les droits-de-l’hommistes (on les appelle « Démocrates » ici) recommencent à râler et à défendre les terroristes, ils n’arrêtent pas depuis qu’ils ont la majorité au Congrès. Je prierai ce soir pour ta victoire. Tu sais à quel point Dieu m’a aidé dans ma conquête du pouvoir, je suis sûr qu’il te guidera aussi sûrement qu’il l’a fait pour moi. J’espère que tu pourras venir dès cet été dans mon ranch du Texas, nous mettrons au point l’attaque contre l’Iran et nous ferons une promenade à cheval ensemble (Laura m’a montré cette photo sur laquelle tu t’es déguisé en moi pour monter un poney, tu en fais parfois un peu trop…). Envoie un mail pour nous dire si Cécilia sera de la partie. God be with you, Your friend, George W. |
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